Origines, Brest

Je me souviens de la pluie qui tombait en gouttes si fines qu'on lui donna un nom. Crachin. Des sonorités écorchées pour désigner des paillettes humides. La pluie ne tombait que sur les cons, c'est ce qu'on disait alors même que nous étions trempés. 

Je me souviens des couleurs. Un camaïeu de gris. Celui des nuages se confondait à celui des immeubles de béton. Les façades racontaient chaque jour la précipitation de la reconstruction post-guerre mondiale. Du haut de la rue Jean-Jaurès le vent voyageur claquait mes joues rougies. Il traçait sa route, il venait du large, s'était engouffré rue de Siam, avait passé la place de la liberté sans obstacle pour arriver de plein fouet sur moi. Il n'avait épargné personne sur son chemin. Les cheveux décoiffés en témoignaient. Et il continuerait après moi, vers ailleurs. Je l'aurai bien suivi.

Les grues jaunes du port apportaient leur rayon. Et chaque jour, c'était les 4 saisons. Alors sans prévenir le soleil arrivait. Tout le monde le disait, "ça va se lever". Tout le monde le disait tous les jours et toujours ça finissait par arriver. Le ciel se dégageait, la lumière apparaissait. La mer changeait de couleur. Gris, vert, bleu, gris-bleu, vert-de-gris, toujours unique, toujours la même, inlassablement attractive. C'est peut-être là que j'ai appris à regarder.

Mais mon front se cognait au ciel bas. Alors je suis partie rejoindre les hauteurs de la Tour Eiffel. Et aujourd'hui quand le train surgit au galop au dessus du Moulin Blanc, toujours mes yeux fixent la mer. Et je retrouve l'ancrage de mes racines dans ces sables mouvants, dans la mouvance de l'estran. D'où je viens c'est aussi d'où je suis partie.

I remember the rain falling in drops so fine that it was given a name. Spit it out. Scratched sounds to designate wet glitter. The rain only fell on the jerks, that's what they said even though we were soaked.

I remember the colors. A shade of grey. The one of the clouds was merging with the one of the concrete buildings. The facades told the daily story of the haste of post-war reconstruction. From the top of Jean-Jaurès Street the traveling wind slammed my red cheeks. He was plotting his course, he came from the open sea, rushed down Siam Street, passed the square of unobstructed freedom to arrive at me with full force. He had not spared anyone in his path. The hair loss was a testament to this. And he would continue after me, to another place. I would have followed him well.

The yellow cranes of the port brought their ray. And every day it was the four seasons. So without warning the sun was coming. Everyone said it, "it's going to get up". Everyone said it every day and it always happened. The sky was clear, the light appeared. The sea was changing colour. Grey, green, blue, blue, blue-grey, grey-green, always unique, always the same, always the same, untiringly attractive. Maybe that's where I learned to look.

But my forehead was hitting the low sky. So I went to the heights of the Eiffel Tower. And today when the train comes up at a gallop above the Moulin Blanc, my eyes are still staring at the sea. And I find the anchoring of my roots in these quicksand, in the movement of the foreshore. Where I come from is also where I started from.